Le 28 septembre 2025, la Suisse votera sur l’abolition de la valeur locative : un impôt qui taxe un « revenu » théorique des propriétaires occupant leur logement.
Une idée séduisante
Taxer un revenu inexistant n’est pas souhaitable. Sur le plan des principes, la valeur locative est difficile à justifier.
Mais attention aux effets collatéraux
La suppression de la valeur locative s’accompagnerait de la fin des déductions pour les frais de rénovation et pour les investissements écologiques.
Les cantons resteront libres d’autoriser ou non de telles déductions. Mais au vu de la situation financière actuelle, il est très probable qu’ils suivent la tendance et s’alignent sur la pratique fédérale.
Exemples d’investissements concernés : peinture de façade, crépis, réfection de toiture, nouvelles fenêtres, nouveau chauffage, panneaux solaires, isolation thermique, etc.
Pourquoi maintenant ?
Une large part du parc immobilier construit entre 1970 et 1990 arrive à l’âge des grandes rénovations. Dans certains cantons, certains travaux seront même obligatoires (par exemple le remplacement des chauffages à mazout ou électriques).
Beaucoup de propriétaires auront payé durant des décennies un impôt fictif, mais ne pourront plus déduire leurs travaux futurs, souvent très coûteux.
Pour eux, ce sera une double peine.
Qui serait vraiment gagnant ?
Très peu de monde. En réalité, seuls les grands propriétaires de bâtiments neufs et très peu endettés profiteraient réellement de cette réforme.
Le manque à gagner fiscal ne disparaîtra pas
La réforme crée un cadeau fiscal pour les grands propriétaires. Le manque à gagner pour l’État devra être compensé par d’autres impôts ou ajustements. En pratique, cette facture sera reportée sur les propriétaires de la classe moyenne et, indirectement, sur les locataires.
Un choc pour la rénovation
La possibilité actuelle de déduire les frais de rénovation et les investissements énergétiques incite à entretenir et améliorer le parc immobilier. La supprimer découragerait ces travaux.
En cas d’acceptation, on peut aussi anticiper un boom précipité des demandes avant l’entrée en vigueur du nouveau cadre, entraînant une hausse des prix liée aux capacités limitées, suivi d’un ralentissement du marché. Cela serait mauvais pour les propriétaires comme pour les électriciens, chauffagistes, charpentiers, isoleurs, peintres, etc.
Et les locataires ?
Ils ne seront pas épargnés. Des bâtiments moins régulièrement rénovés signifient une baisse progressive de confort et d’efficacité énergétique. De plus, le cadeau fiscal offert aux grands propriétaires de bâtiments neufs et sans dette se répercutera indirectement sur eux, puisque les charges fiscales devront être compensées ailleurs.
Bien que séduisante, nous pensons qu'il est préférable de rejeter cette loi le 28 septembre. Il est frappant de constater que ce type de réforme intervient au moment où ses effets deviennent défavorables à la classe moyenne, qui supportera une nouvelle fois l’essentiel de la charge.